PETIT MANUEL DE SURVIE À LA QUARANTAINE (OU L’AMOUR DE SOI AU TEMPS DU CORONA)

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Le monde entier se cloître, forcé de suspendre sa course effrénée. C’est donc possible. On l’a vu au cinéma mais nul n’aurait pensé le voir en réalité, pas de notre vivant ou du moins, pas maintenant… Affairée à mes occupations, un temps, j’ai réussi à oublier. Puis, par moments, ça me revient, hébétée, j’ai beau me pincer, je me demande si je rêve éveillée, j’ai du mal à réaliser.

Au delà de la situation en elle-même, aussi troublante qu’inédite, ironique, presque, précisément choquante parce que sans précédent pour l’humanité qu’elle touche dans sa globalité, on peut tous s’accorder à dire que les prochaines semaines risquent de nous bousculer profondément, bien au-delà de ce que l’on pourrait imaginer. Non seulement, allons-nous en ressortir transformés chacun en tant qu’individus, ébranlés dans nos certitudes, dans notre essence d’être, si vulnérables face à l’immensité, remis en question dans nos valeurs peut-être, au point de revoir nos priorités ; mais sans doute serons-nous secoués à plus grande échelle, collectivement, aussi bien au sein de nos familles que dans nos environnements professionnels, dans nos institutions et jusque dans les fondations qui portent cette société…

S’il est bien trop tôt pour penser à l’impact de ces évènements dans le futur, s’il est même difficile ces jours-ci de penser au futur et s’il est tôt encore pour tenter de donner du sens à ce qui aujourd’hui dépasse l’entendement, n’y aurait t-il pas là tout de même de quoi se réjouir en cherchant bien? Et si pour ceux d’entre nous qui sommes en bonne santé, à l’abri, à la maison, on pouvait essayer de voir cette situation comme une bénédiction ou du moins comme une opportunité ?

Car dans l’absolu, quand on y pense, ce temps ne nous est-il pas offert comme un cadeau? Combien de fois s’est-on pris à rêver que le monde ralentisse pour avoir plus de temps pour soi, chez soi, fatigué de courir après nos obligations? Et si notre vœu avait été exaucé ? Et si c’était là l’occasion de nous retrouver, forcés de se faire face, d’enfin prendre le temps de se dire deux mots, plonger en soi et écouter ? Et si c’était l’occasion d’être créatifs, de nous réinventer ?

Certes, les prochaines semaines risquent de nous challenger, chacun, chacune pour des raisons variées et à des degrés variables. Après s’être ébrouée depuis la nuit des temps, l’humanité entière est testée dans sa capacité à s’arrêter de s’agiter, de faire, désoeuvrée, en partie délestée de ses occupations pour faire une pause, souffler, méditer… Prendre un peu de hauteur sur la vie en somme et être tout simplement.

Pour mettre ce temps à bon escient et vivre ce moment le plus sereinement possible, sans évitement ou sans affolement, laissez-moi aborder quelques aspects essentiels de notre relation à nous-même auxquels je vous conseille de prêter attention durant cette quarantaine…

 

1. REPRÉCISEZ VOS FRONTIÈRES

 

En coaching, on travaille beaucoup sur la notion de frontières (ou limites) pour permettre aux individus d’entretenir avec leur entourage des relations saines et épanouies. Celles-ci correspondent à une ligne que l’on trace entre soi et les autres, au delà de laquelle notre intégrité est compromise. Préciser et préserver nos frontières dans nos relations à autrui, c’est être sûr de nous affirmer, de respecter nos besoins, de ne pas nous oublier dans la relation à l’autre, de ne pas nous compromettre ni de nous laisser embarquer dans un quelconque jeu de pouvoir souvent à l’oeuvre de manière inconsciente dans les relations interpersonnelles.

Maintenant que notre espace de vie s’est réduit comme peau de chagrin, pour rester zen autant que possible, il parait essentiel de prendre le temps de repréciser ce tracé.

 

En famille, il est rare d’être ensemble 24/24 pour une durée indéterminée, vivre en vase-clos avec des enfants relève sans nul doute de l’exploit, pour beaucoup, il va falloir être stoïque. Cette situation nous invite donc à redessiner nos frontières au sein même de cet espace de confinement. Est-ce possible par exemple, de créer un espace dédié à chaque membre de la famille, comme un sanctuaire où il lui soit possible de s’isoler et que les autres s’engagent à ne pas envahir ? Cela peut être un espace physique dans la mesure du possible comme un moment de la journée qui n’appartiendrait qu’à chacun (celui où vous allez faire les courses, tant qu’à faire).

J’en entends certains rétorquer « facile à dire quand on vit à deux dans 30m2 » ! Certes, mais alors là, il va vous falloir créer des frontières « virtuelles ». Comment pouvez-vous vous octroyez éventuellement plusieurs moments dans la journée où vous tâcherez de ne pas être « ensemble », en jouant à « faire comme si » bien que physiquement réunis, soit en faisant une activité chacun de votre coté? Pourquoi ne pas essayer aussi de passer une demi-journée sans vous adresser la parole, peut-être que vous aurez ensuite grand plaisir à vous « retrouver »…

 

 

 

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On a une certaine idée du « vivre-ensemble » qui correspond à ce que l’on a toujours connu mais à situation exceptionnelle, mesure exceptionnelle, rien ne vous empêche d’être inventifs dans la mesure des possibilités qu’offre votre espace de vie. Si il y a un espace où nous sommes toujours à l’abri, un refuge, préservé de tout, presque intouchable, un puits inépuisable de ressources (à condition de travailler sur son mental, ça sera mon point suivant), c’est en nous-même. Il va simplement falloir trouver le moyen d’y accéder.

A l’inverse, pour ceux qui sont seuls, peut-être vous faudrait-il faire l’effort contraire de temporairement étendre vos frontières vers l’extérieur en étant bien plus en contact que d’ordinaire avec vos proches, vos amis, en vous autorisant à passer plus de temps au téléphone et sur les réseaux sociaux pour pouvoir vous aussi faire cet aller-retour entre soi et le monde, plus que nécessaire à notre équilibre…

Attention, cependant à bien repréciser les frontières (virtuelles ici aussi, en l’occurrence) qui nous séparent du monde et ce dernier point s’adresse à tous. Face à cette menace extérieure qui nous assigne à résidence, il est important de se prémunir de l’aspect anxiogène de la situation en préservant notre intérieur. Dés lors que nous passons trop de temps à nous informer, nous risquons de faire entrer cette réalité « éloignée » dans notre expérience directe bien qu’elle ne puisse pas nous nuire de façon immédiate. Cela peut avoir pour conséquence de polluer notre énergie psychique qu’il vaudrait mieux économiser dans le cas où la situation venait à durer…

Là aussi, il semble donc important de redéfinir nos limites avec l’extérieur en choisissant quand et comment nous faisons entrer cette réalité chez nous et en nous demandant si c’est bien nécessaire. Le journal TV vous oppresse ? Ne le regardez plus et lisez la presse. Vous recevez 50 vidéos apocalyptiques par jour sur Whatsapp envoyées par vos amis les plus angoissés ? Vous êtes libre de ne pas les regarder et même de leur demander de ne plus vous en envoyer  (Certes, assurez-vous qu’ils tiennent le coup et envoyez leur plutôt quelques vidéos poilantes dont le web regorge depuis dix jours, pour leur changer les idées !).

En fait, vous avez tout à fait le droit et surtout le devoir de garder le contrôle sur les informations que vous ingérez, vous avez le droit et le devoir de dresser des barrières entre vous et l’extérieur, non plus seulement incarnées par les murs qui vous en séparent et votre porte d’entrée mais aussi par notre « hyperconnexion », tout de même plus que salutaire en ces temps singuliers… À condition de la réguler pour ne pas la subir.

En prenant l’air sur mon balcon, mon esprit a voyagé… dans le temps, notamment, me remémorant combien petite, j’adorais me faire des cabanes sous les tables à manger ou sous un simple drap entreposé sur deux chaises espacées. En faisant cet effort de redélimiter vos frontières, soyez créatifs, et amusez-vous ! Jouez avec votre espace, et si le cœur vous en dit, changez les meubles de place et ce, pourquoi pas chaque semaine ! L’homme doit sa résilience à sa capacité à rire de tout. On a vu ces derniers jours comme l’humour a germé de manière quasi instantanée comme un précieux mécanisme de défense et le meilleur remède à tous les maux

N’hésitez pas à en abuser, cultivez-le dans vos intérieurs pour faire autant que possible fleurir vos journées…

 

À suivre…