ÉLOGE DE L’INSÉCURITÉ (OU COMMENT RESTER ZEN EN TEMPS DE CHAOS)-1/2

 

Face à cette crise sans précédent à l’avant-goût de fin du monde qui non seulement bouscule le présent mais rend également le futur incertain, il est légitime de se poser des questions existentielles en tout genre et de se sentir fortement vulnérable. En effet, comment se faire à l’idée que tout fout le camp et à quoi se raccrocher quand les fondations de ce monde paraissent s’effriter? Le sens que l’on donne à la vie, nos ambitions, nos priorités, nos envies fortement bousculées, paraissent soudain bien dérisoires…

Il semble pourtant que l’insécurité et les périls n’aient pas manqué de ternir la vie de nos ancêtres durant les siècles passés, il semble que nous vivions bien moins « dangereusement », les progrès de la science et de la médecine ayant très largement rallongé notre espérance de vie. Peut-être qu’en vérité, notre époque que nous considérons comme chaotique, voire apocalyptique ne soit qu’une ère charnière, une passerelle entre la fin du monde ancien et le nouveau monde à construire… ?

Est-ce que surtout, nous n’aurions pas tendance à confondre confort et sécurité ? N’est-ce pas l’inconfort qui nous insécurise, celui de ne pas savoir de quoi demain sera fait mais aussi celui de craindre de perdre nos « acquis », nous faisant nous accrocher fermement à notre routine et à tout ce que nous croyons «posséder » : nos biens, nos liens, nos signes extérieurs de richesse qui, dans notre esprit, constituent notre capital… Or, et si en réalité, les vraies fondations, notre vraie richesse, tout ce qui nous arme pour affronter le réel et nous « sécurise » était plutôt à chercher et cultiver en nous-mêmes?

 

« TOUT CE QUI MENAÇAIT L’HOMME DU DEHORS, LES GRANDS PÉRILS, LA FAIM, LA SOIF, LES DÉMONS (…) TOUT CE QUI LE MAINTENAIT DANS UNE INSÉCURITE FONDAMENTALE, TOUT CELA SE PASSE À L’INTÉRIEUR ET NOUS MENACE DU DEDANS ».    Edgar Morin

 

Car en réalité, quand on s’y attarde, la sécurité ultime n’existe pas : c’est là le propre de la condition humaine que de savoir la vie fragile et de nous savoir mortels. Il y a cependant, en nous une tendance acharnée à vivre comme frappé d’amnésie, nous pensant éternels… Car c’est souvent par l’entremise de funestes évènements que nous semblons soudainement nous rappeler que nous ne faisons que passer. On gagnerait tant pourtant, une fois pour toutes à apprécier pleinement le sursis, simplement. Mais, comment alors relativiser ce sentiment, comment donner du sens à la vie malgré l’adversité, comment cultiver la joie de vivre dans le chaos, comment satisfaire sa quête de bonheur dans un monde vacillant ? Voici quelques suggestions:

 

Le Lâcher-prise

 

Souvent notre incapacité à dépasser avec aise les épreuves auxquelles la vie nous confronte est causée par notre tendance à ressasser les évènements, de manière incoercible, comme si repasser en revue une situation donnée dans notre esprit un millième de fois allait nous permettre de revenir en arrière, effacer ce qui est advenu ou au moins nous faire changer de perspective… Or, très souvent, ça ne fait que raviver au centuple l’émoi ressenti la première fois, jusqu’à nous faire perdre toute objectivité. A l’inverse, mettre ce souvenir « à reposer » quand on y arrive, permet de se détacher de la charge émotionnelle qui lui est associé pour après un temps donné, se remémorer l’évènement en étant bien moins impacté…

Le Lâcher-prise, c’est à la fois un processus et son résultat qui certes, demande de l’entrainement mais aide à terme à atteindre un certain détachement par rapport aux évènements. Le but est de ne plus systématiquement s’engager émotionnellement face à eux, nous autorisant à traverser la vie dans une forme d’abandon qui consiste à se laisser porter sans lutter, en opposition à cet acharnement à vouloir toujours se sentir en contrôle.

Il ne s’agit ni de devenir passif ni de devenir insensible et si les émotions émergent face à une situation  donnée, il faut les accueillir. Une fois qu’on leur a fait de la place, qu’on les a vécues pleinement, il y a ensuite un simple choix à faire qui consiste à décider sciemment de passer à autre chose.

Demandons-nous si nous avons prise sur une situation donnée, qu’elle soit révolue ou en cours, peut-on encore agir dessus ? Si il n’y a plus rien que l’on puisse faire, à quoi bon rouvrir la plaie ou se faire du mauvais sang ? Le lâcher-prise a ce pouvoir libérateur intense : délestés du souci de vouloir tout contrôler, y compris l’incontrôlable, nous pouvons enfin nous concentrer sur ce qui est à notre portée et sur ce qui compte vraiment…

 

La Gratitude

 

Dans notre société consumériste où il est de bon ton de courir après le bonheur, que ce soit à travers notre accomplissement ou la recherche de plaisirs immédiats, l’Homme s’évertue à vouloir toujours plus. Et en effet, pourquoi devrait-il s’en priver dés lors que tout lui est à portée de main ? Malheureusement, cette tendance creuse en nous un sentiment d’éternelle insatisfaction qui nous fait très souvent oublier d’apprécier ce que l’on a déjà acquis, trop occupés à penser à ce que l’on prévoit d’acquérir… De même, très souvent insatisfaits quant à notre propre performance, nous nous chargeons hâtivement de nous fixer de nouveaux objectifs sans même prendre le temps de célébrer nos victoires.

Pourtant, s’il y a un sentiment positif extrêmement puissant dont les effets bénéfiques sur l’organisme sont mêmes désormais reconnus par la science, c’est le sentiment de gratitude… Etant composés de molécules et d’atomes, nous sommes un concentré d’énergie qui émet des vibrations. En ressentant de la gratitude, nous émettons des vibrations positives qui selon la fameuse loi de l’attraction, agissent comme un aimant. Puisque nos pensées façonnent notre réalité, si je pose un regard satisfait et heureux sur mon environnement et sur ma vie, il y a de très fortes probabilités que par effet ricochet, la vie me « gratifie » de plus de joie et de satisfaction encore. A l’inverse, si je regarde les choses avec morosité et frustration, accaparé par mes blessures d’antan, il y a peu de chances que ma réalité en soit facilitée.

 

« TOUT EST ENERGIE, ET C’EST LÀ, TOUT CE QU’IL Y A À COMPRENDRE DANS LA VIE. ALIGNEZ-VOUS À LA FRÉQUENCE DE LA RÉALITÉ QUE VOUS DÉSIREZ ET CETTE RÉALITÉ SE MANIFESTERA. Il NE PEUT EN ÊTRE AUTREMENT. CE N’EST PAS DE LA PHILOSOPHIE. C’EST DE LA PHYSIQUE. »         Alfred Einstein

 

On a tous vécu ce jour typique où rien ne va, mal luné et ce depuis, le matin, levé du mauvais pied, on rumine, on n’est pas contents, sans même vraiment se rappeler pourquoi on est contrarié… Et ce jour là, comme « par hasard », c’est la loi des séries, tout s’enchaîne, rien ne « marche » et la journée s’enlise telle qu’elle a commencé au point qu’on voudrait bien aller se recoucher… Or, il n’y a pas vraiment de hasard, si des pensées négatives accaparent notre esprit, elles vont très certainement teinter la façon dont nous percevons notre expérience directe, comme si ce jour-là, nous portions les mauvaises lunettes sur le nez…

 

 

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Pratiquer la gratitude demande aussi un peu d’entraînement. Vous pouvez commencer par tenir un journal de gratitude où y noter régulièrement toutes les choses qui égayent votre vie, toutes ces choses pour lesquelles vous êtes reconnaissants. Vous pouvez aussi chaque soir, avant de vous endormir, penser à trois choses qui ont illuminé votre journée.

Si on place notre focus sur le manque, on le creuse, et il y aura toujours un plus grand manque à combler. A l’inverse, si on le place sur la beauté, sur ce qui nous rend heureux, sur ce que l’on est heureux d’avoir accompli, sur tous les petits cadeaux de la vie qui nous emplissent de joie, on aiguise notre aptitude à nous réjouir et à nous émerveiller et la vie nous le rend instantanément en nous offrant pléthore d’occasions de la remercier…

 

À suivre…

 

* J’emprunte le titre à un livre d’Alan Watts, Eloge de l’insécurité que j’aborderai dans la deuxième partie de cet article

* Le vif du sujet, Edgar Morin